Explosions Libertines

11 mars 2013

Un an plus tard nous sommes là

voilà
tu as passé un an de ta vie à marcher dans les ténèbres
à collectionner tes amours comme des pierres précieuses
tu as nagé dans les eaux du centre de la terre
et à présent tu es là

les mains pleines de sable et le coeur qui se recoud
les aubes se suivent et ne se ressemblent plus
tu apprends à te reconnaître dans les miroirs
sans pleurer

voilà
après trois-cent-soixante-cinq jours d'immortalité
tu as décidé de quitter ton antre et de revenir vers la lumière
comme après un grand voyage
dans le silence

à ouvrir des portes et à compter les soirs
à créer des musées où jeter ta mémoire
tu pars au bout du monde vivre une nouvelle ère
loin des miracles 

loin de tes frères

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A nos idéaux

Devrions-nous partir ? 
En quelques pas, disparaître au fond des bois à jamais. Nos corps ne seront pas découverts et, je te le promets, nous ne serons pas dans la rubrique des faits divers. Deux inconnus suicidés dans les fougères. 
Devrions-nous ?
Et quitter, enfin, les métros rouges sous lesquels nous voudrions nous jeter ; quitter, enfin, les cigarettes au goût d'Enfer perdu. Je te jure de demeurer à tes côtés si tu choisis un nouveau chemin.
Devrions-nous ?
Accomplir l'ultime fantasme, au nom de nos âmes tordues, rangées au fond d'une armoire ; au nom de nos rêves d'enfants. Ne prends rien, juste de quoi aimer, juste de quoi remplir ta bouche encore de mots qui illumineront nos nuits.
Nous le devrions. Le pourrions-nous ?
Le pourrais-tu ?

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10 mars 2013

Tu es le grand brûlé

De longues journées à ne rien sentir et soudain, une brûlure vive. Un déchirement interne à te jeter dans la gueule de la folie. Une douleur à te faire tout oublier, jusqu'à ton nom, jusqu'à ta première dent de lait. Un coup de poing dans l'estomac, te voilà par terre, nu, le corps raide et secoué par un tremblement inexplicable. Tu ne sais pas comment tu en es arrivé là. Tu as vu, tu as entendu quelque chose qui a déclenché le cataclysme -il a suffi de quelques mots, d'une photo, d'une idée pour te bouleverser et te foutre K-O. Tu n'oses pas bouger. Tu attends que ça passe, que ça s'en aille, que tu redeviennes fort et fier. Mais la brûlure semble se propager, et bientôt, tu n'es plus qu'une bombe à retardement. Tu vas exploser, c'est le seul dénouement possible, tu sens que tu te consumes, tu es une allumette à côté d'un bidon d'essence, tu es un moine suicidaire, tu es Nagasaki en 1945, tu fermes les yeux et tu bloques ta respiration, assez, assez, assez...Après des semaines à vivre sous anesthésie, te voilà balancé face au monde, te voilà fragile comme de la porcelaine humaine. Lentement, tu reprends ton souffle, tu te détaches de la source de tes angoisses, tu te raccroches à ce que tu connais. Une mélodie s'insinue en toi, la seule que tu puisses te réciter, la seule qui puisse t'aider à cet instant : ça va aller, ça va aller ; la brûlure s'estompe et tu recommences à t'agiter, comme si de rien n'était. Au creux de tes reins comme à la pointe de ta langue subsiste encore un goût de cendres.

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Religieusement

tu n'as pas remercié dieu
pour cette grande offrande
pour cette robe bleu
ces choeurs à ta fenêtre
ton enfance brisée

tu n'as pas remercié dieu
pour les minutes de silence
pour les égratignures
les hommes qui passent
ton innocence évanouie

tu n'as pas remercié dieu
pour le soleil à travers toi
pour ton corps de verre
ces lèvres entrouvertes
ton coeur qui bat

tu n'as pas remercié dieu
pour son présent éphémère
pour ce monde qui t'oubliera
ces fleuves ces forêts ces déserts
ton avenir pas à pas

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09 mars 2013

Introspection

J'aurais voulu devenir exceptionnelle. J'aurais aimé croiser mon reflet et me reconnaître. Ne pas passer des heures à contempler celle qui m'observe de l'autre côté du miroir, affligée par sa vulgarité, désarçonnée par sa banalité. J'aurais voulu qu'on ne m'oublie pas, qu'on m'aime comme un enfant aime un conte, avec candeur et un soupçon d'angoisse. J'aurais voulu être un souvenir indélébile, une journée d'été entre des gens qui s'aiment, un voyage au coeur d'une ville inconnue, un coucher de soleil derrière les montagnes. J'aurais voulu être infiniment présente pour ceux que j'admire, et ne pas garder au fond de moi ce dégoût de ma propre personne. Mais toujours, toujours je me suis haïe, à m'en déchirer le corps dans l'espoir de disparaître, à rêver de la destruction de mon être. M'annihiler et laisser le monde en paix, débarassé d'une catastrophe miniature. Et chaque soupir est une excuse que je fais à l'univers, chaque instant est la prise de conscience de mon ingratitude. La vie est mon seul espoir, mon seul chemin et mon seul idéal.

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Jalousie

"Ils m’avaient bien dit que la jalousie n’avait pas d’odeur
Pourtant je l’ai reconnue comme la mère retrouve son enfant"



Elle a levé les yeux vers moi et j'ai su qu'elle n'avait pas changé
Qu'elle n'avait jamais disparu
Enfouie simplement au fond de mon abdomen comme le ver dans le fruit
Alors j'ai commencé à pourrir
A pourrir comme une pomme trop mûre
J'ai perdu mon parfum et je me suis ridée
Ma peau s'est détachée
En cent mille lambeaux sanglants
J'ai traîné mon corps à travers les époques
J'ai prolongé mon agonie à travers des regards

                                                                                                                        "Je ne lui souris plus je lui tends un verre de vin
                                                                                                                                                                   Où trempe mon désespoir"

                                                                                                                                                                                                           

Voilà dans toute mon indécence ma puanteur ma déchéance
J'ai brandi mon malheur comme un étendard
Qu'enfin s'abatte sur moi une pitié bienveillante
Qu'on me pardonne ma mort prochaine
Qu'on me bénisse Qu'on m'abandonne
Seule dans ma putréfaction
Avec le ver dans le fruit qui me ronge
Jusqu'aux pépins
Jusqu'à la nuit


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03 mars 2013

Mutisme

nous nous sommes assis dans le silence
bouches closes pour ne pas l'interrompre
et je n'ai jamais su s'il y avait en toi
un hurlement prêt à s'échapper

bientôt le silence est devenu nôtre
familier comme un frère
et nos lèvres serrées depuis
n'ont rien su faire

pas un mot ne s'est évadé
pas un aveu au creux d'un souffle
et dans l'éternité muette
nos bouches n'ont pas su se rencontrer

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Ils ne seront pas nombreux

Avec des armes dans les bras et bientôt 365 jours d'incompréhension.
J'ai passé des soirées à chercher quelque chose qui puisse avoir du sens.
A présent : le vide, le doute, l'absence. 
Il n'y a pas de preuves ni de conclusion.
J'ai retrouvé les mots avec empressement, mes chers compagnons d'infortune.
Gloire à ceux qui liront sans juger.

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02 mars 2013

A propos du temps

Ç'aurait pu me frapper bien plus tôt. La vitesse à laquelle le temps passe. Il a fallu pourtant que je me décide à compter en années. Alors seulement ai-je réalisé comme tout était déjà loin et comme tout était déjà à demi-oublié. On dit que le temps rend les choses plus simples, que le temps efface, floute, masque les détails. Ce qui survit au temps, ce sont nos souvenirs, fragiles instants ou cruelles réminiscences. Notre mémoire n'est qu'une suite de tableaux, tantôt cubistes, tantôt impressionnistes, et il nous est parfois difficile d'y distinguer une quelconque cohérence. J'ai pris conscience de l'absurdité de ma vie lorsque j'étais face à un lever de soleil. Je ne saurais dire pourquoi, mais, à un moment précis de mon existence, tout me sembla vain, et ce sentiment m'est demeuré étroitement lié depuis. Ce détachement constant se glisse dans toutes choses, si bien qu'en observant le temps passer, je ne puis qu'éprouver une légère satisfaction : mes actes, sans aucun doute, sont faits pour s'évaporer dans le tumulte du monde.

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28 février 2013

Dans la terre

combien de fois ?
combien de fois j'ai creusé cette tombe ?
peut-être
trois cent
six cent fois
peut-être
mille fois par jour 
en rêvant de m'y lover

je ne sais pas
j'ai de la terre sous les ongles et des lunes dans les yeux
mon corps est raide
il est temps
de partir
la main sur le coeur et le coeur au bord des lèvres
je ne murmurerai pas ton nom

je veux mourir sous le regard des aigles

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